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Date de création : 04.09.2008
Dernière mise à jour : 03.01.2022
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Comores : Le vase comorien est à ras bord

 

 

 

 

«Cette fois-ci, on ne va pas se laisser faire!»Cette phrase revient comme un leitmotiv dans la bouche de plus d'un intellectuel comorien. Depuis cette année, ils ne prennent plus de gants diplomatiques... «Expliquez-moi cher confrère mauricien comment, depuis 1979, les Comores n'ont jamais pu organiser les Jeux des îles ? Où est la coopération régionale dont on se targue tant et pourquoi vous, à Maurice, vous en êtes à vos deuxièmes JIOI comme pays hôte», me demande de son ton calme Aboubacar M'Changama, rédacteur en chef de l'Archipel, un journal indépendant qui sort seulement quand l'actualité l'oblige. «On n'a pas les moyens sinon», m'explique ce doyen de la presse comorienne, un homme respecté par ses pairs, qui n'a pas la langue dans sa poche.

 

 

Il y a un peu plus de trois mois, l’Union des Comores, qui comprend La Grande Comore, Moheli, et Anjouan – et aussi Mayotte selon les Comoriens, qui, depuis leur indépendance, sont en litige avec La France sur le dossier mahorais. «Ce qui vient de se passer à La Réunion a été l'humiliation de trop. On ne va plus se laisser faire. On est dans la région chez nous et c'est à La France de s'en aller avec son drapeau», s'emporte, pour sa part, l'avocat Abdou Elianou, du comité mahorais.

 

 

Si les relations difficiles, voire impossibles, entre Les Comores et La France ont éclaté au grand jour lors des derniers Jeux des îles à La Réunion, elles remontent en fait au XIXe siècle. «La France a tout fait pour contrôler les Comores depuis 1841, surtout après avoir perdu Maurice au détriment des Anglais. N'oublions pas que le premier coup d'État aux Comores a eu lieu trois mois seulement après notre indépendance. Soulignons aussi que Bob Denard n'était pas un Comorien et que depuis sa mort il n'y a pas eu de coup d'État militaire. Mais les coups stratégiques et diplomatiques perdurent», fait ressortir un historien comorien. Qui veut «décoloniser» l'esprit des Comoriens...

 

 

Et les choses sont loin de s'arranger. Au contraire. Et c'est précisément pour trois raisons que nous nous sommes rendus aux Comores. Primo, le prochain secrétaire général de la Commission de l’océan Indien (COI), qui remplacera le Mauricien Jean Claude de l'Estrac, sera un Comorien alors que la prochaine présidence de la COI sera française. «Ce sera très difficile, cette cohabitation franco-comorienne. La COI traversera sans doute l'une de ses plus graves crises si le climat ne s'améliore pas. Or je ne vois pas de possibilité d'embellie»,confie un diplomate de carrière, qui vient de Madagascar.

 

 

Deuxio, l'Union des Comores vit déjà à l'heure de la présidentielle. L'ancien président Sambi, qui a une approche populiste, reste très acclamé, surtout dans les quartiers pauvres – c'est-à-dire dans la grosse majorité des trois îles comoriennes qui seront appelées aux urnes. Sambi pourrait fort bien jouer sur le mécontentement ambiant au sein de l'Union des Comores pour reprendre le leadership politique de l’archipel. Il s'y est déjà attelé du reste : «Qu'il pleuve ou qu'il neige, je serai candidat», a-t-il lancé, en guise de défi, cette semaine.

 

 

Sambi reste très proche des pays arabes, dont l'Iran, et c'est un secret de polichinelle qu'il ne tient pas La France en odeur de sainteté... la déconvenue réunionnaise est ainsi du pain bénit pour sa campagne.


Selon un haut cadre du ministère des Affaires étrangères des Comores, «il y a un fort lobby pour que le prochain SG de la COI soit nommé avant le probable retour de Sambi aux affaires. Ce sera un jeu malsain dans la mesure où le nouveau régime comorien va boycotter le prochain SG, s'il est choisi avant la présidentielle.» Cela tombe bien car l'actuel SG pourrait quitter la COI «un peu plus tôt» s'il accepte le poste de directeur général de la MBC.

 

 

Notre diplomate comorien insiste : «Si les Comores sont humiliés, une nouvelle fois, comme c'était le cas à La Réunion, on pourra alors sortir tout bonnement de la COI et nous rapprocher de l'Afrique, ou plusieurs pays du reste nous tendent les bras.»

 

Journaliste à Al Watan (principal quotidien comorien, financé à 80 % par l'État), Mariata Moussa regrette elle aussi que son pays, faute d'appui, ne puisse organiser les Jeux des îles en 2019 (qui se tiendront finalement à Maurice), mais elle demeure réaliste : «Nous avons un gros problème de fourniture d'électricité et d'eau. Nous devons construire des stades mais on ne pourra jamais relever ce défi seuls. C'est dommage mais c'est ainsi.»

 

 

En 40 ans d'indépendance, l'Union des Comores n'a connu que des soubresauts et aujourd'hui le pays vit dans l'espoir de devenir riche grâce au pétrole et au gaz. Il y en aurait entre la Mozambique et les Comores, selon une étude réalisée par des Américains. «C'est pour cela que la France ne lâchera jamais Mayotte»,insistent plusieurs interlocuteurs que nous avons interrogés depuis que nous séjournons aux Comores.

 

 

Il faut dire que le leadership politique du pays n'a jamais été exempt de tout reproche non plus...


En attendant des lendemains meilleurs, ils sont plus de 10 000 Comoriens à mourir dans des Kwassas (bateaux-taxis) qui se renversent entre les 70 km qui séparent Anjouan et Mayotte (devenue un eldorado pour un nombre croissant des Comoriens). Il ne se passe plus une semaine sans que des morts ne remontent à la surface, mais on en parle moins que les migrants syriens qui meurent en traversant la Méditerranée. Pourtant à coté de nous, dans notre zone, un drame humain se joue au quotidien... Mais on regarde ailleurs, et on fixe le drapeau des Jeux des îles. «Unité, solidarité et développement», les Comoriens, selon notre constat sur place, ne croient même plus en leur propre devise... C'est dire à quel point le vase est plein ici !

 

 

Par Nad Sivaramen